Le Tricholome de Davis
(Tricholoma davisiae)

par Yves Lamoureux
Le Tricholome de Davis est une espèce typiquement
automnale. Pour le sud du Québec, cela signifie qu'il n'apparaît jamais
avant la fin du mois d'août, et qu'il peut produire de nouvelles
fructifications environ jusqu'à la mi-octobre. Quoi que non mentionné
dans la Flore des champignons au Québec et son supplément, ce tricholome
est assez commun dans la région de Montréal et celle des
Basses-Laurentides, où il croît sous les conifères, surtout dans les
plantations de pins.
Son nom scientifique, Tricholoma davisiae , signifie
«Marge chevelue» (Tricholoma ), et «de Davis» (davisiae). Ce champignon a été baptisé en l'honneur d'une dénommée H. C.
Davis, qui le cueillit et lui porta attention pour la première fois, dans
le Maine, au début du siècle.
Cette espèce se reconnaît assez facilement sur le
terrain si l'on est familier avec les caractères qui réunissent les
tricholomes : sporée blanche, chair fibreuse (non cassante, non cireuse),
lames sinuées (ou échancrées, émarginées) et absence de voile
universel.
Le Tricholome de Davis se distingue par son chapeau
toujours sec et conique au début. À maturité, il devient étalé et
conserve un mamelon pointu très marqué. Sa cuticule est composée de
fibrilles innées et de minuscules écailles, visibles sous la loupe. Sa
coloration varie de jaune vif à brun-vert foncé, étant le plus souvent
un mélange de jaune et de vert, avec le centre plus foncé.
Son pied est long pour un tricholome; il atteint
régulièrement 10 à 15 cm. Tout comme les lames, le pied est typiquement
blanchâtre, avec des plages jaune verdâtre par endroit. Dans les lames,
cette teinte est plus marquée vers la marge du chapeau. La base du pied
est souvent teintée de rose orangé. Lorsque le champignon parvient à
maturité, cette même teinte rose orangé envahit presque entièrement
les lames et le pied, et le chapeau pâlit beaucoup. Le champignon mature
prend alors une allure nettement différente de celle des jeunes
spécimens. Quant à la chair, elle dégage une odeur farineuse, typique
de plusieurs autres tricholomes, et possède une saveur amarescente.
Plusieurs membres du Cercle, dont moi-même, ont
longtemps nommé le Tricholome de Davis, le «sejunctum de Lachute»,
désignation apparue dès le début des années 80. Cette appellation fait
évidemment allusion au Tricholome disjoint (T. sejuntum Fries), qui est
l'espèce la plus ressemblante parmi les tricholomes illustrés dans les
livres d'identification. En effet, le Tricholome de Davis est
malheureusement absent des ouvrages mycologiques couramment utilisés. Le
Tricholome disjoint s'en distingue par son chapeau visqueux et son mamelon
beaucoup plus discret.
Du point de vue de la comestibilité, son odeur et
sa saveur sur le frais n'encouragent pas les expériences culinaires. En
fait, on ne sait à peu près rien sur sa comestibilité. C'est plutôt à
cause de sa beauté que ce tricholome suscite l'intérêt. D'ailleurs, le
mycologue américain C. H. Peck, lorsqu'il le baptisa en l'an 1900, dit de
lui : «C'est une des plus belles espèces de Tricholoma que je
connais. Ces teintes variables lorsqu'il est jeune et sa délicate teinte
rosée à maturité le rendent très attirant.»