Portraits de champignons

Le Polypore oursin (Postia ptychogaster (Ludwig) Vesterholt)

par Yves Lamoureux

Depuis une quinzaine d’années, on cueille à Rawdon un petit champignon qui pousse sur le bois et qui ressemble au premier coup d’oeil à une vesse-de-loup épineuse. Presqu’à tous les ans, durant la fin de semaine mycologique, quelqu’un en déposait sur les tables, sans trop savoir où le placer exactement. À défaut d’une meilleure identification, on le décrivait comme «quelque chose en formation», ce qui était plutôt vague!

Le 4 octobre 2002, Raymond Boyer, le mycologue expert du club de Sept-Îles, m’en fait parvenir quelques spécimens bien protégés dans une glacière confiée aux messageries Parbus.
À cause de la surface épineuse du champignon, Raymond l’avait identifié comme un Hydne du genre Hericium. Résidant à Rawdon durant cette période de l’année, je décide d’aller en cueillir de plus frais : j’en avais vus la même semaine dans un boisé à proximité. Les spécimens de Rawdon étant beaucoup plus beaux, ce sont donc ceux-là que je choisis d’herboriser, sous le nom suggéré par Raymond : Hericium erinaceus ssp. erinaceo-abietis.

         Mais les caractères microscopiques du champignon ne correspondaient pas à ceux de l’Hericium. Espérant une nouvelle piste, j’envoie par courriel la photo de ma collection à Serge Audet, le spécialiste des polypores au Québec. Serge répond immédiatement: il est catégorique; il s’agit de la forme asexuée de Postia ptychogaster.

        Le Polypore oursin porte bien son nom : une demi-sphère blanche au début, devenant beige brunâtre avec l’âge, recouverte de petites pointes de 1 à 3 mm. Il pousse sur le bois de conifères ou près des souches, en septembre et en octobre, en petits groupes de 4 à 10 exemplaires. De taille petite ou moyenne, il peut atteindre de 2 à 10 cm de diamètre et son intérieur est constitué d’une chair zonée. La forme «oursin» correspond au stade asexué du champignon, aussi nommée Ptychogaster alba, et produit des conidies (spores asexuées) dans la chair. Selon Serge, on trouve plus rarement la forme sexuée, qui comporte des pores comme la majorité des autres polypores.

        Il s’agit d’une belle acquisition pour l’herbier du Cercle. Il aura fallu 15 ans, 36 heures d’autobus dans une glacière, et un courriel pour résoudre le mystère de l’identité de ce curieux champignon.

       On trouve une photo du stade asexué dans le Guide Vigot*, à la page 688.

*GERHARDT, E., 1999. Guide Vigot des champignons. Éd. Vigot, Paris, 714 p.