Portraits de champignons

Le Phallogastre en chausse (Phallogaster saccatus Morgan)

par Yves Lamoureux

Le 6 juillet 1996, une semaine après un violent déluge de 100 mm de pluie, j’arpentais un vieux boisé d’érables de la ville de Sherbrooke. J’ai été frappé par une odeur tenace et plutôt désagréable : « Ça pue ici, il doit y avoir un phallus quelque part… » ai-je pensé. J’ai finalement aperçu de petites boules par terre, poussant sur du bois très pourri. Immatures, elles avaient un air des plus innocents : lisses, de couleur rose violacé pâle, en forme de poire, ressemblant plus ou moins à des vesses-de-loup. Mais les quelques exemplaires matures étaient beaucoup moins attirants ! Craquelés, ils laissaient voir leur intérieur rempli d’une glèbe verte terriblement nauséabonde. Il s’agissait du Phallogastre en chausse, une rareté au Québec.

Le Phallogastre en chausse est un petit gastéromycète de 2 à 6 cm de hauteur. Son odeur à maturité repousse les humains, mais attire irrésistiblement les mouches et autres insectes nécrophages. En se posant sur la glèbe, ils accrochent involontairement des spores qu’ils transportent alors au loin, permettant au champignon de se reproduire.

Un nez averti ferait la différence entre le « parfum » d’un Phallus et celui de notre Phallogastre : alors que le Phallus sent la chair décomposée, le Phallogastre en chausse répand une odeur de diarrhée, ce qui n’est pas nécessairement plus flatteur pour l’odorat !

Dans la Flore de Pomerleau, ce champignon est dit « occasionnel ». Mais après enquête, personne ne l’a jamais trouvé dans les régions de Québec ou de Montréal. Par contre, il semble fidèle à sa station dans le boisé de Sherbrooke : Denise Boudreau et Ginette Renée le trouvent presque tous les ans depuis que je leur ai indiqué l’endroit où il pousse.

Les spécimens trouvés en juillet 1996 ont pris le chemin de l’herbier. Il m’a fallu beaucoup de courage pour les photographier, ayant le nez placé juste au-dessus d’eux ! Et que dire de l’odeur qui envahissait toute la maison, pendant que les spécimens reposaient dans le séchoir à champignons…

On trouve une description et une photo du Phallogastre dans:

LINCOFF, G. H., 1981. The Audubon Society field guide to North American mushrooms.    Alfred A. Knopf, New York. Photo no 701.