Portraits de champignons

Le Bolet bicolore (Boletus bicolor)

par Yves Lamoureux

Un des plus beaux bolets de notre flore est le Bolet bicolore (Boletus bicolor). Ce dernier est un champignon répandu dans l’est de l’Amérique du Nord. On le rencontre assez fréquemment au sud du Québec dans les forêts de feuillus. C’est une espèce mycorhizienne qui croît sous les hêtres et les chênes, aussi bien sur les sols sablonneux que sur les sols argileux. Ce bolet fructifie souvent en troupes nombreuses. On peut parfois en apercevoir plus d’une centaine à l’intérieur d’un périmètre assez restreint. Il peut apparaître tôt dans la saison estivale, dès la fin du mois de juin; c’est toutefois en août qu’il est le plus fréquent.

La signification de son nom scientifique n’est pas bien comprise. En effet, le sens et l’origine du mot Boletus constituent un mystère encore non résolu. On sait que Boletus servait jadis à désigner tous les champignons terrestres, aussi bien les comestibles que les vénéneux. L’hypothèse retenue dans le Dictionnaire historique de la langue française (Le Robert) est que Boletus viendrait de Boletum, une ville d’Espagne. Cela est plausible car on sait que l’attribution de noms de lieu à des champignons est une pratique courante. Quant à bicolor, cet épithète signifie «à deux couleurs».

On reconnaît assez facilement le Bolet bicolore à son chapeau et son pied dans les tons de rouge vin et de jaune, ses tubes bleuissant au contact, à pores petits, et sa chair peu changeante à la coupe. Il peut être confondu avec les espèces du groupe du Bolet sensible (Boletus sensibilis), mais celles-ci possèdent une chair qui bleuit rapidement à la coupe. Le Bolet rougeâtre (Xerocomus rubellus) est une espèce de taille plus faible qui diffère par ses pores larges et son chapeau devenant craquelé à maturité. Une bonne photographie du Bolet bicolore est présentée dans Phillips (1991, Mushrooms of North America, p. 222, Two-colored Bolete).

Le Bolet bicolore est un champignon comestible. Sa saveur n’est pas très prononcée mais sa texture est excellente. Une bonne façon de l’apprêter est en omelette. Comme pour plusieurs autres bolets bleuissants, il est possible que certaines personnes y soient allergiques. Il est donc recommandé de n’en manger qu’une petite quantité lorsqu’on le consomme pour la première fois, et de toujours le faire cuire. Ceux et celles qui désireraient le consommer doivent être avisé(e)s qu’il exerce une forte attraction sur les plus grands ennemis des mycophages: les vers, bien sûr !