Portraits de champignons

L’Amanite de Jackson (Amanita jacksonii POMERLEAU)

par Yves Lamoureux

= A. umbonata Pomerleau
= A. hemibapha ss. auct. amer.
= A. caesarea ss. auct. amer. p. p.

Il y a quelques années, le Cercle des mycologues de Montréal adoptait un des plus beaux champignons du Québec comme emblème, l’Amanite de Jackson, et en imprimait l’aquarelle de son ami peintre-maturaliste H. C. Jackson, en l’honneur de qui René Pomerleau a baptisé le champignon, sur ce qui allait devenir le «T-Shirt du Cercle».

Le choix de cette amanite comme emblème aura été un coup de maître, car le T-Shirt du Cercle est celui qui s’est toujours le plus vendu dans les groupements de mycologues, autant locaux qu’internationaux. Tous le trouvent beau, et avec raison!

L’Amanite de Jackson éblouit toujours les mycophiles qui en font la rencontre. L’intense couleur rouge orangé de son chapeau est une attraction visuelle hors du commun. Le pied jaune, orné de fibrilles orangées, et émergeant d’une grosse volve blanche, en font au Québec une des espèces de champignons parmi les plus faciles à reconnaître.

Pour faire simple, on peut affirmer que cette magnifique amanite se reconnaît à coup sûr par son chapeau rouge et sa grosse volve blanche. Rien de plus compliqué. Et aucun sosie chez nous.

Cette amanite, que l’on disait rare en 1984, lors de mon arrivée au Cercle, est en fait commune dans la quasi-totalité des chênaies de la vallée du Saint-Laurent. C’est probablement le fait qu’à cette époque, les membres du Cercle allaient aux champignons surtout en montagne, où le chêne est très rare, et peu en été, alors qu’il y a beaucoup de moustiques.

Mais justement, cette amanite ne se trouve que très rarement en montagne, avec le hêtre, et elle pousse surtout du début de juillet jusqu’à la mi-août, bien sûr seulement lorsqu’il pleut beaucoup, ce qui explique pourquoi on la pensait rare. Mais il fallait seulement regarder au bon endroit, au bon moment.

On trouve des photo de l’Amanite de Jackson dans presque tous les bouquins sur les champignons de l’est américain. À cause des multiples confusions avec des espèces étrangères, notamment avec la célèbre Amanite des Césars, absente en Amérique, le nom du champignon a été changé plus souvent qu’à son tour, comme en témoigne les nombreuses équivalences listées dans le titre de cet article.

Contrairement à la grande beauté de l’espèce, qui fait l’unanimité, on ne peut en dire autant de ses qualités culinaires. Le fait que notre espèce ressemble à la réputée Amanite des Césars, et la beauté du champignon, semblent avoir influencé positivement l’appréciation du goût du champignon, souvent décrit comme excellent dans certains livres, mais considérés comme médiocres par la quasi-totalité des mycophiles ayant une grande expérience dans la mycogastronomie.

Comme presque tout dans la vie est une simple question de goût, je vous suggère de vous faire votre propre opinion quant à ses qualités gustatives.

L’été dernier, vers la fin juillet, j’ai eu l’occasion de voir plusieurs milliers d’exemplaires de cette belle amanite dans un tout petit boisé de chênes. Le sol en était littéralement tapissé. Le coup d’oeil faisait complètement oublier la présence de moustiques. C’est un plaisir unique que je souhaite à tous.

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