Portraits de champignons

L’Amanite à grand voile (Amanita magnivelaris Peck)

par Yves Lamoureux (juillet 1995)

L’Amanite à grand voile est une espèce semblable à l’Amanite vireuse. Elle possède une volve membraneuse et un anneau dans le haut du pied. Toutes ses parties sont blanches chez les spécimens jeunes et frais.

La signification de son nom scientifique est incertaine. Selon le Dictionnaire historique de la langue française (Robert), le mot Amanita viendrait du nom du mont asiatique «Amanos», mais rien n’est certain… Quant à magnivelaris, cet épithète signifie grand (magni) voile (velaris), et décrit très bien l’anneau ample de cette belle espèce.

L’Amanite à grand voile croît dans la vallée du St-Laurent, sous les chênes ou les hêtres, de juillet à septembre. C’est de la mi-juillet à la mi-août qu’elle fructifie le plus couramment, alors que le temps est chaud et humide.

Son chapeau plutôt convexe et arrondi dans le jeune âge, son pied terminé par un bulbe généralement assez pointu et son anneau très ample, jaunissant souvent à maturité, sont les caractères qui permettent de la distinguer macroscopiquement des deux espèces affines, l’Amanite vireuse et l’Amanite bisporigère. Ces deux dernières présentent dans leur jeune âge un chapeau plus ou moins conique ou campanulé, et le bulbe à la base de leur pied est souvent aplati. L’observation des spores au microscope révèle des formes nettement différentes: celles de l’Amanite à grand voile sont elliptiques, tandis que celles des deux autres espèces sont rondes.

La coloration blanche et la présence d’une volve et d’un anneau n’encouragent guère les essais culinaires… D’ailleurs, l’Amanite à grand voile a été responsable d’un empoisonnement mortel dans l’état du Rhode Island, en 1991. La victime, une dame de 86 ans, s’est présentée à l’urgence en se plaignant de souffrir de diarrhée et de vomissements. On l’a retournée à la maison après avoir diagnostiqué une gastro-entérite. Mais, pendant les deux jours suivants, les vomissements et la diarrhée se sont poursuivis. Elle a finalement été admise à l’hôpital, où elle a sombré dans le coma. Elle est morte trois jours après son hospitalisation, d’une nécrose hépatique aigüe…

La patiente cueillait des champignons avec sa fille. La journée où les spécimens ont été récoltés, la fille a mentionné qu’ils semblaient différents que d’habitude, mais la mère insista que c’était les bons… Un spécimen avait été conservé et il a abouti entre les mains de Rod Tulloss, un spécialiste des amanites, qui a finalement identifié le champignon responsable. (Résumé d’un article de Rod Tulloss: A fatal poisoning by Amanita magnivelaris, non publié.)

L’Amanite à grand voile forme donc, avec l’Amanite bisporigère et l’Amanite vireuse, le trio des amanites mortelles du Québec.

On a souvent dit que les amanites mortelles ne poussaient qu’en forêt. Or à Longueuil, en août 1992, on a trouvé un spécimen de l’Amanite à grand voile dans l’herbe d’un parc, tout près d’un abreuvoir. Il y avait bien quelques chênes à proximité, mais le lieu était définitivement ouvert. La méprise aurait été facile…

Haut de la page