Articles scientifiques

LE NATURALISTE CANADIEN – Une récolte du champignon Cotylidia carpatica au Québec

par Pierre-Arthur Moreau et Serge Audet

Résumé:

Le genre Cotylidia regroupe une douzaine d’espèces de champignons (Basidiomycètes, Polyporales, Podoscyphaceae) ressemblant à des Polypores, mais à surface fertile lisse, chair mince, et forme typique en pétale ou en cornet. Fréquents sous les tropiques, les Cotylidia sont rares en zone tempérée. Quatre espèces de très petite taille, terrestres ou associées aux mousses, ont été décrites pour l’Europe : Cotylidia undulata, C. carpatica, C. guttulata et C. muscigena. Les mentions de ces espèces sont rares dans la littérature ; la forme des carpophores (en entonnoir chez C. undulata, spatulée ou en pétale chez les autres) et la taille des spores (produites à la face inférieure des carpophores) sont les principaux caractères considérés comme significatifs.

La découverte de Cotylidia carpatica (Pilát) Huijsman, la plus petite espèce de ce genre (à peine 1 cm de hauteur) sur un talus moussu aux environs de Québec, pour la première fois sur le continent américain, nous a incités à présenter une description complète de ce champignon très peu connu, proche de Cotylidia undulata mais en différant par un pied latéral (non central) et un chapeau zoné en forme de spatule.

Décrit originellement à partir d’une unique récolte sur un tronc moussu en République tchèque, Cotylidia carpatica n’a été signalé que trois fois en Europe et deux fois en Asie. Tous les auteurs ayant mentionné cette espèce (dont l’auteur original) signalent des spores très rares de petite taille. La récolte canadienne, malgré des spores abondantes et de taille supérieure aux récoltes citées, pouvait-elle être rattachée à l’espèce européenne ? Des informations inédites recueillies sur le matériel type nous permettent de répondre affirmativement, et de publier ici la première description complète et illustrée de cette espèce apparemment très rare et souvent stérile.

Les petites espèces de Cotylidia ont toujours été signalées au voisinage des mousses, ici Mnium sp. Nous proposons quelques observations et photographies du mycélium courant à la surface des feuilles des mousses adjacentes, laissant penser à un parasitisme doux du champignon sur la mousse, sans qu’aucune lésion ait été observée sur le végétal. Cotylidia carpatica se range ainsi parmi les champignons dits « bryotrophes », dont les relations exactes avec les Bryophytes – parasitisme, commensalisme ou symbiose – demandent encore à être précisées.

Téléchargez l'article complet pdficon_small